Ecrits et poésies mis en musique de  JPP

Sur cette page vous pouvez lire, télécharger ou imprimer l'intégralité du recueil "Textes à Jouer" de JPP. Cet ouvrage contient, entre autre, "Nous Sommes Sulfureux" et "Space Opéra" deux spectacles mis en scène par Anne Briez avec  Trans'ArtS. Le fichier est au format PDF pour Acrobat Reader ( graticiel ) . Si vous ne possédez pas ce lecteur, vous pourrez vous le procurer gratuitement chez Adobe france  ou sur n'importe quel site de téléchargement.

Les textes présentés sur ce site sont de Jean Pierre Prudent et ont fait l'objet d'un dépôt légal
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Avant-propos
Préface d'Anne Briez  Metteur en scène de Nous Sommes Sulfureux et Space Opéra

Un enfant raconte comme il est devenu adulte. Toutes les voies, toutes les voix qui l’ont habité le long du chemin sinueux continuent de le hanter. Mouvantes, elles restent sa part intime et paraissent.
D'un coté des textes, de l’autre une musique…
Non, ils ne sont pas de part et d’autre, ils sont intimement liés.
Car il ne s’agit pas ici d’une musique d’ambiance mais à la fois du décor et du énième personnage de cette histoire. Sur scène, elle se révèle un partenaire à part entière, avec ses répliques, au même titre que les acteurs, ce qui déroute éperdument lorsque finit le travail dramaturgique traditionnel de saucissonnage du texte en tranches intello– intelligibles.
Une fois l’ossature mise à nu, le squelette bien nettoyé, les leitmotiv marqués au rouge et l’axe sinusoïdal dessiné, il est nécessaire de déposer le cerveau à la consigne sauf pour veiller à ce que tout réalisme soit proscrit. En effet, l’ambiance fantaisiste et onirique de cette réunion de textes et de musiques doit être préservée à tout prix, même si ce prix est de ballotter ses pires cauchemars au jardin des fées.
C’est le travail d’un détective dont les indices seraient tous décalés de son enquête.
Comme l’engrenage d’un puzzle spatial dont la quatrième dimension s’impose musicale.
C’est surtout une expérience curieuse de ne pas avoir à sa disposition de modèle de confortable convention. Si ça avait été une comédie musicale ou une tragédie antique, il aurait suffi de suivre les règles (ou de s’en écarter) comme des petits cailloux sur le chemin répétitif vers la représentation.
Ici, nous avons tous tâtonné dans le noir, sans craindre de sentir le plancher des vaches et toute l’herbe qu’elles mangent se dérober sous le pied de la lettre.
Bienvenue dans l’inconnu…

Anne Briez


Extraits des Textes à Jouer - JPP

Refais le monde, refais la vie,
rien n'est écrit et entre tes mains repose l'infini.
L'univers entier n'attend que ton regard pour être ce que tu le fais.

Berceuse

Le loup était un chien méchant avec de grandes dents
qui mangeait les moutons et les petits enfants.
Endors-toi, tout va bien,
ils sont tous empaillés maintenant.
Les arbres étaient verts et grands et bruissants,
on pouvait perdre dans la forêt ses ordures, et les petits enfants.
Endors-toi, tout va bien,
ils sont tous planches et papier maintenant.
Les rivières étaient claires et coulaient en torrents,
on pouvait s'y baigner, ou y noyer les petits enfants.
Endors-toi, tout va bien,
elles dorment toutes dans des tuyaux maintenant.
Le ciel était bleu avec des nuages et du grand vent,
il pouvait pleuvoir en neige blanche, ou envoler les petits enfants.
Endors-toi, tout va bien,
l'air souffle en bouteille maintenant.
Mais je voudrais voir un loup dans la forêt
près de la rivière quand il y a du vent !
Endors-toi, tout va bien,
Tu verras cela dans tes livres maintenant.
Rassure-toi, papa travaille, et a de l'argent,
on peut tout acheter maintenant.

JPP - "Nous sommes sulfureux"


Certitudes

Des forêts profondes aux arbres doigts crochus, avec des coucous qui roucoulent à des magiciens chapeaux pointus, et aussi des ogres à la voix rauque et GRAVE des cavernes...
ça n'existe pas, on ne peut pas y aller.

Des poudres magiques aux couleurs de mystère qui soignent les migraines et relèvent les morts du sommeil trop profond...
ça ne peut pas marcher.

Des châteaux anguleux aux colonnades grecques et aux créneaux gothiques, avec des grands jardins aux cyprès allongés et des demoiselles en ombrelles avec de longs chiens effilés...
ça n'existe pas, on ne peut pas y aller.

Des mots assemblés aux rythmes psalmodiques qui ouvrent les portes aux espaces incertains...
ça ne peut pas marcher.

Des jardins verts et jaunes bien rangés et touffus, aux jardiniers endormis des soleils d'orage et les fées papillons...
ça n'existe pas, on ne peut pas y aller.

Et des endroits secrets et cachés, qu'il suffit de trouver à imaginer tous les savoirs...
ça ne peut pas marcher.

Dites moi
que tous les étranges qui habitent la forêt
ont l'instinct reposé,
leur face engloutie multipliée de lianes
effraie les enfants qui courent aux steppes.
Dites moi
que tous les rugissants qui culminent les marais
ont la bouche édentée,
leur regard en biseau carbonisé de cercles
sursaute les enfants qui endorment aux pleines lunes.
Dites moi
que tous les fantasques qui abondent les clairières
ont les griffes rongées,
leur bec en enclume accoutumé d'éclairs
glace les enfants qui charment aux enchanteurs.

JPP - "Nous sommes sulfureux"


Révolution

Apprenons aux enfants à faire la vie simple belle et sans lutte.
Montrons aux enfants
comment faire des ombres chinoises,
comment allumer du feu avec des cailloux,
et comment parler aux ancêtres pendant la veillée.
Montrons aux enfants
comment inventer des histoires,
comment cultiver un jardin,
et comment faire d'un fusil un tuteur à tomates.
Montrons aux enfants
comment apprendre toujours et connaître encore,
et comment savoir choisir ce qu'il faudra bâtir.
Apprenons aux enfants
à vaincre sans aimer se battre,
à vivre sans argent,
et à cracher au visage des marchands.

JPP - "Nous sommes sulfureux"

Space Opéra (extrait..)

Je veux prendre le temps lentement de sentir le temps, me penser
Je veux tranquillement imaginer mon chemin à vous découvrir
Je veux doucement tout me réinventer souvent
Je veux impérativement savoir ma planète où plus personne n'a faim ou froid
Je veux tellement ne pas être raisonnable
Je veux nonchalamment vivre improductif qui achète peu
Je veux absolument ne pas regarder la télé, ni téléphoner portable
Je veux victorieusement arriver dernier sans être éliminé
Je veux nécessairement savoir pourquoi, et choisir.


La quête

Baigné dans toutes les couleurs du soir que je ne saurais pas bien dessiner
Mélangées multiples et vives, dans le mouvement des vagues.
Du bruit au souffle du vent, à la caresse chaude des dernières lumières.
Et j'ai tenu ta main.
Tous les mots inutiles, insuffisants à la pensée qui dépasse.
Aucune formule, aucun signe ne peut dire cet instant de l'unique rencontre.
Là où tout s'impose sans être réalisé du nom d'aucune chose ...

Au jour qui ne sera pas des temps absents, et sans personne à respirer,
A la nuit qui n'anticipe jamais un futur, sans lune froide ni terre brune
A aucun horizon qu'on ne voyait pas des boussoles affolées.
A mon souffle qui se prépare anéanti des origines de l'esprit.
Au chant des oiseaux, à l'eau du ruisseau les brouillards et tempêtes
A toutes ces illuminations qui me disent un au-delà
Tout suggère l'émerveillement qui brillera aux obscures clartés.
Rien n'appelle l'absence, rien n'effraie en cauchemar, rien ne griffe, ne brûle ni ne suffoque.
Rien ne parle les mots du désespoir ni ceux du néant.

Je sais.
Je sais mes armes qui n'effraient pas les anguleux rampants strictement dévoreurs,
Je sais mes livres qui ne diront pas la cachette des lumières merveilleuses,

Je sais mes larmes qui n'attendriront jamais les pendules austères ou les forces rigides,
Je sais mon amour si fragile dans son absolu d'éternité, et toute sa folie en ridicule,
Je sais que je ne suis pas seul, les miens éternels et l'inconnu de tendresse
Je sais mon chemin difficile autant que magnifique,
Je sais qu'il me mènera là où ma foi enfante le monde. 

JPP - "Le livre de la quête"